Le SNASUB-FSU a été à la rencontre d’une collègue qui a subi la réforme territoriale dans le secteur jeunesse et sports, en DRJSCS, en 2015-2016. Elle nous fait part de son ressenti. Témoignage.

- peux-tu nous présenter les changements dans la nouvelle organisation de ton service depuis la réforme territoriale ?

De notre point de vue de salariés, l’objectif de la régionalisation était le suivant : diminuer le nombre d'agents. Mais cela a multiplié le nombre de personnels d’encadrement : outre un directeur, deux adjoints (au lieu d'un seul auparavant) et un chef pour chaque pôle. Notre chef de pôle est également sur les missions de Rouen et il a dû s'entourer (en les nommant des adjoints) d'un cadre A sur chacun des sites. Bref, une usine à gaz !

La première démarche a été de créer un Pôle à Caen puis de nommer un chef de pôle. Première difficulté puisqu'on avait deux chefs pour un seul poste. Et c'est le départ des difficultés et du « soutien » des équipes envers leur chef respectif. Les premières tensions apparaissent et sont ressenties par les équipes (nous).

Dans un second temps, une réunion commune a été organisée pour confondre les pratiques (éviter de trop déstabiliser nos partenaires institutionnels, organismes de formation, écoles...) entre les deux sites pour ne retenir qu'une seule pratique. Et là aussi, cette réunion sera mémorable tant elle a été vécue dans la souffrance. En effet, les propositions sont perçues comme une évaluation de ce que fait chacun et qui fait mieux que qui. C'est un échec et une interruption de dialogue.

Il y avait 6 personnes à temps plein pour les missions à Rouen sur le secteur social/paramédical, 4 ont été désignées ici pour ces mêmes missions et ce chiffre est porté à 3 depuis le 1er septembre 2017 sur le volet administratif. En revanche, le chef de pôle désigné s'est entouré de deux personnes (une à Caen, l'autre à Rouen) pour le seconder (signature des convocations et entretiens professionnels). Ce qu'il en résulte, les courriers, arrêtés, notifications... doivent être visés par le référent du diplôme, puis l'adjoint au chef de pôle, puis le chef de pôle avant d'être proposés à la Directrice.

Il faut anticiper chaque demande de signature, le temps nécessaire à ce parcours, la présence à Caen ou Rouen. Un casse-tête quotidien et une angoisse supplémentaire pour tenir les délais. En effet, les textes nous imposent des dates et délais sans prendre en compte ces difficultés. La directrice signe de moins en moins de documents (diplômes y compris), charge trop importante.

- Comment s’est passé la refonte des fiches de poste ?

C'est la seconde étape qui a été de produire des fiches de poste après la décision de séparer les missions et les belles promesses nous annonçant que les compétences seraient prises en compte ont été démenties. En réalité, les chefs pensent, nous positionnent et une seule fiche de poste est proposée par agent. Elle n'est pas nominative mais dès la parution, nous savons qui est « derrière » chaque fiche de poste. Dans notre cas, nous étions deux à Caen sur l'expertise et désignées référentes sur l'application. Nous devons abandonner certaines missions dont nous avions la charge précédemment. La partie JS est à Rouen et la partie Paramédicale/Sociale à Caen.

- On a rassuré les personnels en leur disant qu'il n'y aura pas de mobilité géographique. La direction de ton service étant à Rouen, y a-t-il eu des réunions (formation, réunions de service...) dans l'académie de Rouen ?

On a des réunions dans l’ex-haute Normandie (4 en 2016-2017) avec de beaux discours et on nous rassure mais en fait on a eu des déplacements (site du zoo de Cerza, Le Havre...) pour chacun d'entre nous. Mais il est exact qu'aucun agent n'a eu de mobilité géographique forcé. Mais les chefs ?? S'ils voulaient conserver la fonction, obligation de résidence administrative à Rouen, et sans parler des contractuels qui ont tellement eu peur à la non reconduction de leur contrat. Ils ont une grande fatigue et bien qu'en poste à responsabilité, ils sont distants et en souffrance sans pouvoir se plaindre. L'ambiance s'en trouve dégradée.

- quelles sont les relations avec la hiérarchie ?

Mon chef de pôle vient au moins une fois par semaine à Caen et souvent deux. Mais j'ai vu la Directrice une fois en juillet 2017... Est-elle ici ? Pas moyen de le savoir. Et ce qui est désolant c'est que le chef de pôle a tellement à faire qu'il n'effectue même pas notre entretien professionnel et que je ne peux le rencontrer seul. Donc en cas de problème avec la personne qu'il a nommé pour l'assister ici, la parole n'est pas libre. Et il faut ajouter que la Directrice est dans l'incapacité de nous connaître individuellement, au contraire de ses prédécesseurs. Nous essayons, en tout cas, proposons le maximum de visioconférences même pour la tenue de jury.

- quel est l'état d'esprit des personnels depuis la réforme territoriale ?

Le côté humain est oublié et c’est tellement dommage dans un Ministère des sports qui était le plus convivial que j'ai connu. Les personnels sont démotivés et sans illusions malgré les efforts constants. J'ai entendu une collègue dire à la directrice qu'elle ne supporterait pas les 8 années qui lui restent à effectuer dans ce stress permanent avec la crainte d'erreurs qui pèsent à ce point. Nous avions du stress mais avec la reconnaissance et des moments agréables pour surmonter cela. Mais c'est aussi une époque révolue, de moins en moins de temps et d'argent ! La plus grosse difficulté est de trouver un sens à son travail car tous les efforts et investissements personnels sur des missions précises n'ont servi à rien, en tout cas pas à nous protéger de ces changements permanents, alors si l'équipe est solidaire dans la difficulté, elle ne l'est plus avec les chefs et c'est fort regrettable.

- Comment s’est effectuée la transition ?

Le transfert des tâches, des archives, les statistiques, enquêtes, état des lieux et recherche de la mémoire a été lourd et douloureux. En plus de nous déposséder de nos missions, nous avons accompli un travail titanesque d'archive et de recherche diverses. Qu’avons-nous sur le site de Caen ? Faire un inventaire, le transmettre au site de Rouen... et des enquêtes qui se suivent et se ressemblent car les demandes sont quasi identiques mais pas centralisées. En clair, tout était à faire, construire mais sans pilote !!! Et dans un service de diplômes où les demandes pour perte sont quotidiennes, il faut de l'ordre. Quant au transfert des missions, cela demande une organisation militaire avec transmission des informations aux partenaires, au public. Personne ne sait vers qui aller, le téléphone sonne en permanence, les informations au public sont fausses. Et être sur deux postes en même temps le temps de la clôture a été une souffrance réelle avec envie de rien, plus de motivation. Une situation non souhaitable pour aucun salarié même si le changement n'est pas le problème mais comment il est abordé, mis en place, enfin la prise en compte de l'humain derrière les missions.

Sans oublier les formations à suivre pour la prise de poste pendant que tu clos ton dossier et que tu dois travailler sur le prochain. Bref même dans la joie, la bonne humeur a du mal à garder le dessus. Un peu long et pas très optimiste tout cela, mais tu comprendras qu'il est difficile de passer sous silence cette « grande aventure ». Au-delà de la perte de nos missions, c'est notre identité, le sens à notre travail et par conséquent quelques belles valeurs que nous avons perdu.