Les anciens recteurs Martine Daoust et Patrick Hetzel s’indignent, dans une tribune publiée par l’Opinion le 4 juin 2018, de la probable suppression des rectorats de Limoges et de Poitiers, esquissée par un récent rapport de l’IGA. Ils y voient le signe d’une "vassalisation des territoires ruraux" et une logique "d’hyper-centralité", qui vont créer des "déserts éducatifs" sans améliorer "la gestion des deniers publics". "En éloignant les décideurs — ici les recteurs — du terrain, on contribue à renforcer l’impuissance de l’État", écrivent-ils.

Pour les deux auteurs de cette tribune, dès la constitution de la commission chargée de proposer une nouvelle organisation des académies, l’issue en était prévisible car la réflexion a été confiée à "des spécialistes des politiques éducatives habitués des systèmes centralisés". Cette mission avait été confiée à François Weil (conseiller d’État et ex-recteur de Paris), Olivier Dugrip (recteur de la région académique Nouvelle-Aquitaine, recteur de l’académie de Bordeaux), et à deux inspecteurs généraux, Marie-Pierre Luigi et Alain Perritaz.

vers une "hyper-centralité"

"Il n’est pas surprenant" alors que la conclusion du rapport de l’IGAENR sur la Réorganisation territoriale des services déconcentrés du MEN et du MESRI (mars 201 penche vers "l’hyper-centralité" et la disparition des rectorats de Limoges et de Poitiers "au seul profit de celui de Bordeaux", ironisent Martine Daoust (professeur des universités) et Patrick Hetzel (député LR du Bas-Rhin et ancien Dgesip), qui ont, l’un comme l’autre, dirigé l’académie de Limoges. La première de 2008 à 2010, avant d’être nommée à la tête du rectorat de Poitiers pour deux ans, le second entre 2005 et 2006.

"Des locaux quasi-neufs à Poitiers : quel gâchis !"

Les locaux du rectorat de Poitiers ont été récemment amplement rénovés par l’État. "Même s’ils restent dédiés à l’institution, quel gâchis, y compris symbolique !", se lamentent les auteurs de la tribune. Pointant également la restructuration des services administratifs lors des rapprochements des rectorats et des DSDEN qui a déjà "largement contribué à une optimisation du travail et des services" il y a 10 ans.

Pour ces deux anciens recteurs, pour "la bonne gestion des deniers publics", "argument avancé par le ministre", "il faut tout faire pour rapprocher les lieux de décision du terrain et de l’action" plutôt que de les éloigner, en recentralisant tous les pôles dans les métropoles, selon un modèle "féodal".

éviter un "désert éducatif"

Ils rappellent que le général de Gaulle et le maire de Limoges avaient souhaité créer une académie (et une université) à Limoges "pour éviter que ne se développe un grand désert éducatif dans l’hypercentre de la France".

La nouvelle carte des régions ne doit pas être le prétexte à vider villes moyennes et campagnes de centres décisionnaires, jugent Martine Daoust et Patrick Hetzel, car "en matière scolaire, le déterminisme territorial, bien souvent accompagné d’un déterminisme social, pénalise le parcours des élèves".

une "autonomie mise sous tutelle"

"En quoi réside l’équité territoriale annoncée à grand renfort de communication (par le président de la République et son ministre) quand les interlocuteurs s’éloignent ?", demandent-ils, rappelant que les deux académies concernées (Limoges et Poitiers) sont "essentiellement rurales, avec des établissements à petits effectifs, des écoles aux lycées."

"Comment vanter les mérites d’une école de la confiance a priori quand l’autonomie territoriale est mise sous la tutelle d’un cacique aussi distant des spécificités locales ?", questionnent encore Martine Daoust et Patrick Hetzel, proposant un schéma inverse. Comme l’expérimentation de nouvelles formes de décentralisation et de déconcentration "pour que les concitoyens reprennent confiance dans l’action de l’État" et un grand plan de formation des cadres de l’Éducation nationale "dans un autre modèle que celui de l’entre-soi actuel".