Déclaration de la FSU au CTA conjoint Caen-Rouen du vendredi 28 août 2020.

Madame la Rectrice,

la rentrée scolaire se fait dans un contexte sanitaire dégradé. Le dernier protocole sanitaire s’est amoindri en comparaison avec celui du mois de juillet qui avait déjà été assoupli. Il ne correspond pas à la situation sanitaire actuelle. Il ne s’agit pas d’empêcher la rentrée mais de la sécuriser pour permettre à toute la communauté éducative de rentrer dans de bonnes conditions et de s’inscrire enfin dans une logique de prévention afin d’éviter la fermeture totale des collèges, lycées, CIO, DASEN et Rectorat. L’enjeu est de taille pour toute une génération qui ne doit pas voir sa scolarité hypothéquée par l’incapacité de notre ministère à gérer cette crise sanitaire au-delà du seul prisme budgétaire.
Il est plus qu’urgent à quelques jours de la rentrée scolaire que des informations précises soient diffusées aux personnels de manière formelle pour ne pas revivre les nombreux épisodes du 3ème trimestre de l’année scolaire 2019-2020 où les personnels prenaient connaissance des informations ministérielles relatives à leur quotidien professionnel dans les médias ou sur les réseaux sociaux, 24h à 48h avant leur entrée en vigueur.

L'Italie crée 50000 postes pour alléger les effectifs des classes et investit dans 2 millions de tables individuelles. L'Allemagne renforce son protocole sanitaire. La Grande Bretagne augmente les salaires de ses professeurs de 3,1 %.

En France, le ministre ne trouve que le temps d'augmenter tous les hauts cadres de l'Education nationale (recteur, DASEN, Secrétaire généraux, chefs de service du ministère) alors que les salaires des enseignants français continue de baisser et de les laisser dans les derniers au niveau des pays de l'OCDE. Quel mépris pour la profession !

La FSU avait été force de proposition dans les différentes instances qui s’étaient tenue en juin et vous avait alerté, Madame la Rectrice, sur le manque de préparation de cette rentrée au regard de la situation extraordinaire à laquelle nous sommes confrontés.

Les élèves fréquentant les infirmeries seront dans les semaines à venir, dans la majorité des cas porteurs de virus grippaux, nasopharyngés,… sans qu’il ne soit possible de savoir s’ils sont porteurs du Covid. Les infirmièr-e-s doivent donc tous et toutes avoir un minimum de protection mises à leur disposition dès la rentrée : masques FFP2, visières ou surlunettes, surblouses. Nous rappelons que le matériel reçu en juin n’était pas conforme aux attentes et surtout qu’un seul exemplaire avait été reçu par infirmerie (et non pas par personne). Les infirmier.e.s de l’Education nationale sont des personnels de santé ressource. Ils ont été sollicités pendant l’été pour aller prêter main forte dans les centres de dépistage. S’ils avaient la possibilité de prescrire et tester au sein même des établissements scolaires, les personnels, les élèves et les familles trouveraient un vrai service public équitable et cohérent dans les territoires.

Si nous sommes contraints de passer sur un télé-enseignement partiel ou total dans certains établissements, quelle anticipation a été mise en place au niveau matériel ? Les élèves qui n’ont pas de matériel informatique en nombre suffisant chez eux pourront-ils tous avoir accès à un ordinateur suffisamment performant pour pouvoir suivre les cours à distance ? Les enseignants auront-ils un ordinateur fourni comme cela se passe dans la très grande majorité des entreprises ou administration qui s’organise en télétravail ?

Qu’en est-il des « pool d’équipements informatiques mobiles homogènes (mêmes ordinateurs, mêmes applications, mêmes ressources disponibles) qui sera conservé dans un lieu central et configuré pour être déployé rapidement sur un territoire donné. » du plan de continuité pédagogique au niveau de l’académie normande ? Quel nombre d’ordinateurs ? Sont-ils récents ?

Par ailleurs, des collègues ont reçu la prime COVID quand d’autres, à situation égale, ne l’ont pas perçue. Cela engendre un certain malaise sur fond d’inégalité de traitement. La FSU dénonce une ventilation des crédits par le « fait du prince » et demande à ce qu’une présentation des critères de sélection des agents soit produit et qu’un bilan soit dressé en CTA.

Nous nous interrogeons aussi sur l’extension du télétravail. Si cette forme de travail peut convenir à la marge pour des situations particulières, nous restons opposés à une banalisation qui entraînerait une désocialisation des personnels et la possible auto-exploitation masquant une augmentation du temps de travail et les besoins en personnels. Cette situation a déjà existé dans la dernière période et la circulaire académique du 17 juillet 2020 précise dans son annexe que « Les différents travaux doivent être rendus dans les mêmes conditions de délais et de qualité que s’ils étaient exécutés dans les locaux de l’administration. » Or, pour une même mission les délais peuvent varier d’une année sur l’autre, et d’un agent à un autre. Ce n’est que dans une relation en face-à-face que l’encadrement peut se rendre compte des difficultés rencontrées et de la vie réelle au travail. Nous savons d’ailleurs que des heures supplémentaires non payées sont monnaie courante. Le télétravail risque d’accentuer ces situations et de renvoyer l’agent à ses prétendues responsabilités alors qu’il n’est pas responsable de la pénurie de moyens. Ne faut-il pas aller vers le droit à la déconnexion par l’interruption d’accès des applications en dehors des heures habituelles de travail ?

La FSU vous interpelle sur la situation exceptionnelle à laquelle sont confrontés nos élèves et étudiants qui suivent des formations en alternance. Dans les lycées professionnels, les employeurs sont de moins en moins nombreux à accepter nos élèves et cela pèse sur leur formation. Pour les BTS, les stages en entreprises deviennent extrêmement difficiles à obtenir. La difficulté est la même dans tous les parcours post-bac de la Licence Pro au Master Pro. Il faut rapidement rassurer les élèves en les acceptant en cours même sans contrat avec des patrons. La situation économique dans laquelle nous nous trouvons est telle qu’il faut ici prendre des mesures exceptionnelles.

Et que dire de la situation de l’EPS et du sport scolaire qui ne sont même pas traitées dans le Protocole Sanitaire de Rentrée du Ministère de l’Education Nationale. Cette absence de l’EPS dans les priorités ministérielles arrive dans un contexte particulier où le Ministre indiquait que les 2S2C étaient l’avenir de l’éducation, profitant scandaleusement de la crise sanitaire pour avancer son idéologie éducative.

Dans ces conditions l’absence de l’EPS et de l’UNSS du protocole sanitaire ne peut être vécue que comme une nouvelle provocation du ministre pour notre discipline. Le SNEP-FSU vous a sur ce sujet particulier envoyé un courrier. Les enseignants d'EPS ont besoin d’avoir un certain nombre de réponses pour modifier en urgence leur organisation sur l’année scolaire (compositions des groupes, réservations des installations sportives, programmations des activités pour l’EPS et l’association sportive...) ainsi que pour travailler sur les contenus d’enseignement spécifique à l’EPS qui ne semblent soulever aucune interrogation quant à leur faisabilité aux vues de la situation sanitaire exceptionnelle.

Pour conclure, Madame la Rectrice, la FSU ne peut que rappeler l’exigence politique qu’elle a pour le système éducatif de notre pays. Une Education nationale pleinement émancipatrice, garante de l’égalité des élèves sur l’ensemble du territoire, totalement à l’opposé des choix budgétaires destructeurs menés par nos gouvernements successifs.